10 décembre 2017

La Migration de sens



Le protecteur du Prophète Muhammad (PSL), Mu’tim venait de décéder. La situation, de fait, devenait de plus en plus difficile. Les Mecquois  avaient remarqué que les musulmans commençaient à quitter la Mecque. Leur opposition devenait alors plus dure. Les chefs de clans décidèrent à l’instar d’Abû lahab et d’Abû Jahl  d’éliminer le Prophète Muhammad (PSL).

Le stratagème consistait à mandater un exécutant de chaque clan afin d’empêcher les Hashimites de pouvoir se venger en exigeant le prix du sang. Plus question de perdre du temps, il fallait se débarrasser du Prophète (PSL)  au plus vite.

L’ange Gabriel était venu confirmer au Prophète Muhammad (PSL) le sens d’un songe qu’il avait eu quelques jours auparavant. Il vit que se dessinait les contours d’une cité florissante qui l’accueillait. L’ange lui annonça qu’il devait s’apprêter à émigrer à Yathrib et que son compagnon était Abû Bakr. Le Prophète Muhammad (PSL) alla annoncer cette nouvelle à Abû Bakr qui en pleura de joie. Il leur fallait organiser les derniers détails de leur départ. Ils avaient eu vent que les Quraysh avaient ourdi un plan pour éliminer le Prophète (PSL). Celui-ci demanda à ‘Ali de prendre sa place dans sa couche la nuit suivante et de ne point quitter la Mecque jusqu’à ce qu’il lui en donna l’ordre.

Les membres du groupe qui voulaient éliminer le Prophète (PSL) se cachèrent devant chez lui et attendirent qu’il sorte comme il en avait l’habitude pour se rendre à la prière avant le lever du soleil. Ils entendirent du bruit et ils se préparèrent à attaquer quand ils s’aperçurent qu’ils avaient été trompés et que c’était bien son cousin ‘Ali qui était à l’intérieur de la demeure. Leur plan avait échoué. Pendant ce temps, le Prophète Muhammad (PSL) et Abû Bakr avaient réglé les derniers détails de leur départ vers Yathrib.

Le Prophète Muhammad (PSL) allait sortir d’une ville (qui deviendra sainte aux yeux de l’islam) vers une autre ville (qui, elle, l’est presque déjà). Ces quelques pas du Prophète Muhammad (PSL) dans le désert, on peut y rêver comme à un franchissement irréversible. Le symbole fort n’en échappera d’ailleurs aux premiers interprètes de la Sirâ. Ils verront bien que cette émigration d’un point de l’espace à l’autre postule et désigne une transformation radicale des signes et des contenus ce que nos modernes sémiologues appelleraient sans doute une « migration de sens ». En l’honneur du Prophète  Muhammad (PSL), et pour mieux se lier à lui, Yathrib va changer de nom. Elle s’appellera désormais Médinat an-nabi, la «Cité du prophète», ou encore al-Madinat al-Fâdila, la «Cité Vertueuse», ou encore al madina al-Munawwara, «la Citée Illuminée» ou, plus simplement, comme de nos jours : al-Madina, la Médine, Ville absolue.
Cette ville, la première de l’Islam, restera fidèle au Prophète Muhammad (PSL) comme le Prophète Muhammad (PSL) lui restera fidèle, combattra et mourra à Médine.

« Sa gloire et la grandeur de l’Islam seront l’apanage de Médine », rappelle les auteurs de la Sirâ.


Yathrib 786
10 décembre 2017

03 décembre 2017

Le contexte de la Mecque avant l’Hégire



Le Prophète Muhammad (PSL) soignait ses relations avec les autres malgré le contexte tendu de la Mecque. Ses relations étaient à l’image de sa relation avec ses oncles Abu Talîb et ‘Abbas. Ce dernier après la mort d’Abu Talib restait en permanence au côté du Prophète (PSL). Le Prophète Muhammad (PSL) aimait à se confier à lui alors qu’il ne s’était pas converti. Il le faisait participer à des réunions secrètes où se jouait l’avenir de la communauté. ‘Abbas était présent lors du pacte d’Aqaba et le Prophète Muhammad (PSL) le tiendra informé des étapes et des préparatifs  hautement confidentiels de son émigration. Il était resté polythéiste. N’empêche que le Prophète Muhammad (PSL) n’aura de cesse de lui témoigner son plus grand respect et sa plus profonde confiance dans des situations où sa vie était en danger.

C’est cette même attitude qui avait conduit l’émigration des musulmans vers l’Abyssinie auprès d’un roi Chrétien auquel le Prophète (PSL) accordait sa confiance.

Cette attitude tant renouvelée restera une constance dans la vie du Prophète (PSL), qui établira ses relations au nom du respect des principes et de la confiance et non sur la base du respect d’une religion.

Les compagnons l’avaient également compris eux qui avaient continué à établir des relations avec des non-musulmans au nom de la parenté ou de l’amitié, dans le respect mutuel et la confiance jusque dans des situations périlleuses.

Une première anecdote :
‘Um Salama était séparée de son mari. Elle se retrouvait seule sur la route vers Médine avec son fils. ‘Uthman ibn Talha qui n’était pas musulman, lui proposa de l’escorter et de la protéger jusqu’au lieu où se trouvait son mari. Elle n’hésita guère à lui faire confiance. Il la mena à bon port de la façon la plus respective.

‘Um Salama racontera souvent cette histoire et ne cessera de vanter la noblesse de caractère de ‘Uthman Ibn Talha.

Les exemples de ce genre font légion. Jamais le Prophète Muhammad (PSL) ni les musulmans n’ont réduits leurs relations sociales et humaines à leurs seuls coreligionnaires. Ils avaient de multiples contacts. Ils établissaient des relations de travail et d’amitiés fondées sur un respect mutuel. Plus tard, le Coran définira le cadre de ses relations : 

« Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables.
Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. » Sourate AL-MUMTA
ANAH (L’EPROUVÉE), verset 8-9

Le Prophète (PSL) lui-même sera un modèle d’équité vis-à-vis des hommes qui ne partageaient point sa foi. Pendant toutes ces années de prédication, il n’avait de cesse de recevoir d’importants dépôts de la part de commerçants non musulmans qui continuaient à lui confier leurs richesses. Ils continuaient ainsi à faire une confiance totale au Prophète (PSL). Et même durant « les années de bannissement », son équité lui interdisait de puiser dans ce trésor.

A la veille de son départ à Médine, le Prophète Muhammad (PSL) demanda à ‘Alî de restituer un à un à leurs propriétaires respectifs les dépôts qu’il possédait encore. Il appliquait scrupuleusement les principes d’honnêteté et de justice que lui avait enseignés l’Islam, et ce envers tous (musulmans ou non).

Au cours de cette période, le Prophète Muhammad (PSL) fera montre d’une grande tolérance et compréhension vis-à-vis de ceux qui, sous la persécution ou la pression de leurs proches, avaient finalement renoncé à l’Islam. Ce fut le cas de deux jeunes musulmans (Hishâm et ‘Ayyâsh) qui après une longue résistance renoncèrent à l’Islam. Aucune décision ou sanction particulière ne fut prise contre eux. Plus tard, ‘Ayyâsh reviendra à nouveau à l’Islam, empli de remords et de tristesse.

La révélation viendra apaiser le regard et le jugement trop sévères qu’il portait sur lui-même :

« Dis: «Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux.
Et revenez repentant à votre Seigneur, et soumettez-vous à Lui, avant que ne vous vienne le châtiment et vous ne recevez alors aucun secours. » Sourate 53 AZ-ZUMAR (LES GROUPES), verset 53-54

Hishâm, entendant à son tour ces versets, reviendra lui aussi à l’islam.

Une deuxième anecdote :
Ce ne fut le cas de ‘Ubaydallah ibn Jahsh, qui s’était rendu avec le premier groupe d’émigrants en Abyssinie, et qui se convertit au Christianisme puis abandonnant son épouse Um habîba Bint Abû Sufyân. Um Habîba épousera plus tard le Prophète Muhammad (PSL).
Ni le prophète Muhammad (PSL) ni aucun des musulmans vivant en Abyssinie ne prirent de mesures contre ‘Ubaydallah. Il pratiquera le culte chrétien jusqu’à sa mort sans jamais être inquiété ou maltraité.
Cette attitude fut une constante dans la vie du Prophète (PSL). Aucune source de référence ne mentionne d’attitude qui serait différente.

Plus tard, à Médine, il prendra des dispositions fermes contre ceux qui se convertissaient à l’Islam à la seule fin d’obtenir des informations (en situation de conflit), puis le reniaient pour revenir à leur tribu et transmettre ce qu’ils avaient pu apprendre. Il s’agit là de traitres de guerre qui étaient passibles de mort. Leurs actions pouvaient avoir comme conséquence la destruction de la communauté musulmane.

Notre époque semble avoir oublié ces dispositions.

Yathrib 786
03 décembre 2017

27 novembre 2017

Vers l'Exil



Nous sommes en l’an 620, l’année qui suivit celle que les historiographes appellent «l’année de la tristesse» ou encore « l’année des deuils» après la mort de son épouse Khadîdja et de son oncle Abou Tâlib. Le Prophète Muhammad (PSL) continuait à dispenser ses enseignements dans un contexte de rejet, d’exclusion et de persécutions permanentes. Une centaine de musulmans vivaient désormais en Abyssinie. Aucune solution ne se profilait pour les musulmans restés à la Mecque.



Le Prophète Muhammad (PSL), pour la fête des sacrifices, se rendit à la vallée de Minâ, non loin de la Mecque afin d’y rencontrer, comme à son habitude, des pèlerins, pour leur délivrer son message. Les pèlerins, venus de toutes les régions de la Péninsule, commencèrent à s’installer pendant toute la durée des célébrations. Le prophète Muhammad (PSL) s’adressait à quiconque voulait l’écoutait, évoquant la Révélation, récitant le Coran. Il transmettait ainsi à des hommes, des femmes et des enfants qui, de leurs villes lointaines, en avaient entendu parler mais n’en connaissaient le véritable contenu.


Cette fois-ci sur le retour, il rencontra dans la bourgade d’Aqaba six hommes de la tribu de Khazradj, originaires de Yathrib


« Après qu’il leur eut déclaré qui il était, leurs visages reflètent un intérêt immédiat et ils l’écoutèrent attentivement. Chaque membre de la tribu était au courant de la menace souvent proférée par les juifs de leur ville : « un prophète sera envoyé prochainement. Nous le suivrons et nous vous exterminerons comme les antiques peuples de ‘AD et d’Iram furent massacrés ! » «  Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2 page 258



Lorsque le Prophète Muhammad (PSL) eut fini de parler, ils se dirent entre eux :


« Il s’agit à coup sûr du Prophète dont les juifs nous ont annoncé la venue. Qu’ils ne soient donc pas les premiers à le reconnaître ! » Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2 page 258

Puis, lui ayant posé des questions auxquelles il répondit volontiers, chacun des six hommes attesta la véracité de son message et promit de remplir les exigences de l’Islam.


« Nous avons quitté notre peuple, dirent-ils, car il n’y a pas de peuple aussi déchiré que lui par l’inimité et le mal ; il se peut que Dieu fasse son union par ton entremise. Nous allons maintenant revenir auprès des nôtres et les convaincre d’accepter ta religion comme nous venons de l’accepter ; et si Dieu les rassemble autour de toi, aucun homme ne sera plus puissant que toi. » Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2 page 258



De fait, les grandes tribus de Yathrib, les Aws et Khazradj, en situation de lutte endémique, comme on l’a vu, recherchaient un arbitrage extérieur, capable de maintenir en équilibre leur manière de vivre (modus vivendi). Cet équilibre est devenu très aléatoire face notamment aux trois tribus juives qui jouaient de ces contradictions pour mieux asseoir leur autorité.


A la Mecque, les conversions ne cessaient d’augmenter, et le Prophète Muhammad (PSL) continuait son engagement public. Sur le plan privé, beaucoup lui conseillait de se remarier. Il fit deux songes : dans lesquels la très jeune ‘Aïsha, la fille d’Abû Bakr, alors âgée de six ans, lui était offerte en mariage. Khawlah qui s’était occupée du Prophète Muhammad (PSL) depuis la mort de Khadidja, lui proposa deux noms : Sawdah, une veuve d’une trentaine d’année qui était revenue d’Abyssinie, et ‘Aïsha, la fille d’Abû Bakr.  
Le Prophète Muhammad (PSL) y voyant une curieuse coïncidence et la véracité de ses songes, demanda à Khawlah de faire le nécessaire

L’union avec Sawdad fut particulièrement aisée à concrétiser. Sawdad répondit immédiatement. Et très favorablement. Ils se marièrent quelques mois plus tard. ‘Aïsha selon les coutumes arabes, avait déjà été promise par Abû Bakr au fils de Mut’im. Abû bakr dut négocier avec ce dernier le renoncement à cette promesse. Ce qu’il accepta. ‘Aîsha devient officiellement la seconde épouse du Prophète (PSL). Le mariage allait être consommé quelques années plus tard.


L’année suivante, une seconde rencontre eut lieu, à la même époque et au même endroit. Du côté des musulmans, Abu-Bakr et Ali accompagnaient le Prophète Muhammad (PSL). La députation médinoise était composée cette fois de douze membres, représentants les Aws et les Khazradj. L’ensemble  des Médinois fit immédiatement profession de foi et prêta le serment traditionnel de fidélité (la ba’ya) au Prophète Muhammad (PSL). Ce fut la première allégeance (la Ba’ya al-oula), dite aussi Bay’at an-Nissa (la Baya des femmes) selon les traditionnistes (du fait que le serment prêté ne mettait pas encore à la charge des Médinois l’obligation de défendre l’Apôtre par les armes).


La troisième rencontre sera décisive. Elle interviendra peu après et aura lieu également à Aqaba. La délégation médinoise comprenait soixante-quinze membres (tous des Khazradj mais les Aws se rallieront sans difficulté à l’accord intervenu).


Le Prophète Muhammad (PSL) arrive au rendez-vous avec Abu-Bakr et Ali auxquels était adjoint son oncle ‘Abbas (le nouveau du clan après la mort d’Abu Taleb). C’est en cette qualité que celui-ci assume la représentation musulmane  alors même qu’il est loin de s’être rallié aux idées et aux convictions du Prophète Muhammad (PSL).
 

Les pourparlers commencent dans le plus pur style tribal. ‘Abbas s’inquiété de savoir si les khazradj pourraient envisager un jour de livrer le Prophète Muhammad (PSL) à ses ennemis :


« Mieux vaut en ce cas, leur dit-il, le laisser là où il est en sécurité, au sein de son clan (achira). »



Le Prophète Muhammad (PSL) prend alors la parole pour réciter les fragments du Coran et il finit en demandant aux Khazradj «d’entrer dans l’Islam». Le résultat fut immédiat. Ils font le serment de défendre l’Envoyé de Dieu (PSL) de toutes leurs capacités :


« Par celui qui t’a envoyé proclamer la vérité, nous te défendrons aussi vigoureusement que nous défendrons nos familles » Ibn Ma’arouri membre de la délégation de Médine

« O Envoyé d’Allah, entre nous et les autres des liens existent, que pourtant nous brisons. Si Allah te donne la victoire, reviendras-tu à ton peuple en nous abandonnant. » Abou At-Haïtham, un autre membre du groupe

« Vous êtes des miens et je suis des vôtres ; je serai l’ami de votre ami et l’ennemi de votre ennemi… » Répondit aussi le Prophète Muhammad (PSL)


Ils lui demandèrent alors d’étendre les mains, et ils lui donnèrent la ba’ya.



L’alliance ainsi nouée va entrainer des conséquences incalculables. Elle sera déterminante dans la formation de la Umma islamique (Communauté islamique, à laquelle elle imprimera dès le départ son lien d’indissociabilité organique avec la religion qui en constituera la raison d’être. C’est à partir de là que l’Islam prendra son puissant essor. Toutefois les motivations politiques sont présentes dans la négociation. La première est la remise du pouvoir par les Aws et les Khzradj (hier encore ennemis) des rênes du pouvoir au Prophète Muhammad (PSL).


Des lignes de clivage se dessinent qui vont marquer les premières années de la prise de pouvoir  muhammadienne : l’hostilité conjuguée des Mecquois et des autres tribus qui vont faire front commun contre la bourgade devenue le fief du Prophète Muhammad (PSL) avec les guerres, les alliances et les violences qui vont suivre.


Ce pacte qui assurait un refuge, une protection et un engagement des musulmans de Yathrib aux côtés de leurs frères mecquois, ouvrait au Prophète Muhammad (PSL) les horizons d’un avenir prometteur. L’organisation politique de la société médinoise germe de la future Umma (communauté). Le Prophète Muhammad (PSL) encouragea désormais les musulmans à émigrer discrètement à Yathrib, alors que ses compagnons les plus proches demeuraient encore autour de lui.




Yathrib 786

27 novembre 2017

12 novembre 2017

Le Voyage Nocturne ( Al Isra ) et l’Ascension ( Al Mi’raj )



Quelques temps avant l’Hégire, Le 27ème jour de Rajab 620, le Prophète Muhammad (PSL) vécut ce que l’on devait appeler par la suite Le Voyage Nocturne (Al Isra ) et l’Ascension ( Al Mi’raj ).

Le Prophète aimait se rendre dans l’enceinte de la Ka’ba pendant la nuit. Il y veillait et y priait pendant de longues heures. Un soir, il ressentit soudain une lourde fatigue et un profond besoin de dormir. Il se coucha donc à proximité de la Ka’ba et s’endormit.

Le Prophète Muhammad (PSL) raconte que l’ange Gabriel vint alors à lui, le secoua par deux fois, puis l’emmena la troisième fois aux portes de la mosquée où les attendait un animal blanc (qui semblait être un mélange entre la mule et l’âne et portait des ailes sur le flanc). Il enfourcha l’animal, nommé al-Bûraq, et ils s’en allèrent en compagnie de l’ange Gabriel vers Jérusalem (Al Qods). Là, Muhammad rencontra un groupe de Prophètes qui l’avaient précédé dans sa mission (Abraham, Moïse et d’autres), et il dirigea une prière en commun avec eux sur l’emplacement du Temple de Souleymane (Salomon, que la paix soit sur lui).

C’est à ce moment du Voyage, que prit fin la première étape qui eût pour sens l’affirmation de l’Unicité divine, sous forme d’une chaîne symbolique d’union des envoyés de Dieu, de l’identité des messages divins transmis par tous les Prophètes, notamment Ibrahim-Abraham, Moussa-Moïse et Issa- Jésus (que La Paix d’Allah soit sur eux).

La prière terminée, le Prophète fut élevé en compagnie de l’ange Gabriel au-delà de l’espace et du temps. Il s’éleva dans les cieux, en laissant l’empreinte de son pied sur le Rocher (qui se trouve aujourd’hui dans la Mosquée du Dôme à Jérusalem).

Sur sa route, dans l’ascension des sept cieux, il rencontra les Prophètes qu’il reconnaissait tout de suite et sa vision des cieux et de la beauté de ces horizons imprégnait son être. Il parvint au « Lotus de la Limite » (sidrat al-muntaba’) : 


“Puis, je fus emmené au Lotus de la Limite, Sidrat Al Mountaha”, raconta Le Prophète, “au – delà duquel, nul ne peut aller” (Sourate 53, verset 14 )


C’est là que le Prophète Muhammad (PSL) reçut l’injonction des cinq prières par jour et la révélation du verset qui fixait les éléments du credo (al-‘aqîda) des musulmans :


« L’Envoyé a cru [croit], ainsi que les croyants, en ce qui lui a été révélé de la part de son Seigneur [Rabb-Educateur]. Tous ont cru [croient] en Dieu, en Ses anges, en Ses livres et en Ses envoyés. -Nous ne faisons aucune distinction entre Ses envoyés. Ils disent : Nous avons entendu et nous avons obéi ; accorde-nous Ton pardon, Toi notre Seigneur ; c’est vers Toi que s’accomplit le grand retour. » Sourate (2 la Vache, verset 285)
«La nuit d’Isra, deux coupes furent apportées au Prophète, alors qu’il était à Jérusalem ; l’une contenait du vin, l’autre du lait. Il les regarda puis choisit le lait. Gibril que la Paix d’Allah soit sur lui, dit alors : «  Louanges à Allah, Qui t’a guidé vers la Fitrah ( voie primordiale, innée ) Si tu avais choisi le vin, ta Oummah ( communauté ) serait morte. » » (L’imam Al Boukhari, qu’Allah lui fasse Miséricorde, a mentionné le hadith suivant d’après Abou Houreyra qu’Allah l’agrée)

Il y avait là quatre fleuves, deux cachés et deux visibles. Je demandai :

« Qu’est-ce que cela Ô Gibril ? »

Il dit :


« Les deux fleuves cachés sont des fleuves du Paradis, les deux fleuves visibles sont le Nil et l’Euphrate. »


Arrivé à ce stade, Dieu ordonna au Prophète (PSL) la prière canonique pour les êtres humains, à raison de cinquante par jour. Quand le Prophète descendit, Moussa – Moïse, que la Paix d’Allah soit sur lui, édifié par son expérience avec les fils d’Israël, lui suggéra de retourner vers Dieu pour lui demander de baisser ce nombre. Le Prophète Muhammad (PSL) y retourna jusqu’à ce que Dieu accepte et que le nombre fut réduit à cinq, avec une valeur de cinquante !

Le Prophète reçu également, à l’intention des croyants, divers commandements sur le nombre et l’objet desquels la tradition varie quelque peu :

  • N’adorer que Dieu Seul, Parfait en Son Essence et en Son Unité
  • Aimer son prochain comme soi – même et protéger les faibles
  • Aimer, vénérer et assister son père, sa mère et ses proches
  • Accueillir les infortunés et les orphelins, les abandonnés, les voyageurs et les étrangers en les considérant comme hôtes de Dieu
  • Ne pas tuer ni commettre l’adultère
  • N’être ni prodigue, ni avare, ni concupiscent, ni orgueilleux
  • Respecter tous les êtres
  • Respecter la propriété d’autrui et prendre soins des biens des orphelins
  • Etre honnête et loyal en tout et envers tous : s’interdire de falsifier les écrits, de pratiquer l’usure, de frauder sur les poids et les mesures, de porter un faux témoignage

Pour sa mission, Allah lui recommanda la patience, la bonté, le pardon des offenses, la pitié pour ses persécuteurs. Il lui fit connaître qu’il devait se préparer à l’exil (Hégire), ce qui exigera de lui et des croyants, courage et sacrifice.

Le prophète Muhammad (PSL) fut ramené à nouveau à Jérusalem par l’ange Gabriel et al-Burâq, puis de là à La Mecque. Sur la route du retour, il aperçut des caravanes qui faisaient également route vers La Mecque. Il faisait encore nuit quand ils parvinrent dans l’enceinte de la Ka’ba. L’ange et la monture s’en allèrent, et le Prophète Muhammad (PSL) se rendit chez Um Hânî. Il lui raconta ce qui lui était arrivé.
 

« Il s’agit du voyage céleste du Prophète, sur lequel la concision coranique contraste avec la proximité de la tradition, de la théologie et de la mystique. Voyage qui soulève un ensemble complexe de problèmes délicats, malgré l’abondante littérature élaborée par les musulmans d’hier et les orientalistes occidentaux de nos jours. » Le Coran ’, traduction nouvelle par le Cheikh BOUBAKEUR HAMZA, ENAG Editions, Alger 1989


Sur le chemin du retour, entre Jérusalem et la Mecque, Le Prophète vit des caravanes progresser dans le désert. Au matin, il fit part de son voyage nocturne aux Qurayshites qui se moquèrent de lui et le rapportèrent à Abou Bakr (Qu’Allah l’agrée) qui rétorqua :


« S’il le dit, c’est que c’est vrai ! » Ibn Hishâm, op. cit., vol. 2, p. 256


Ce qui lui valut le surnom de « Aç-çiddiq », qui témoigne de la Vérité, le Véridique. Plus tard, les caravanes que le Prophète avait vues en revenant de Jérusalem, arrivèrent à La Mecque, confirmant ses dires.


« Gloire à celui qui fit voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée dont Nous avons béni les alentours, afin de lui faire découvrir certains de Nos signes ! Dieu est, en vérité, l’Audient et le Clairvoyant. » (Sourate 17, verset 1)

« C’est en vérité une révélation inspirée, que lui a enseignée un être d’une force prodigieuse, doué d’une sagacité inouïe, qui se manifesta devant lui sous forme angélique, alors qu’il se trouvait à l’horizon suprême. Puis l’être se laissa glisser et s’approcha jusqu’à ce qu’il ne fût qu’à une distance de deux portées d’arc ou moins encore. C’est alors que Dieu révéla à son Serviteur ce qu’il voulait lui révéler. Et le cœur ne saurait démentir ce que les yeux ont vu. Allez-vous donc lui contester ce qu’il a de ses propres yeux vu, et alors qu’il l’avait déjà vu d’une précédente apparition, près du lotus de La Limite, non loin du jardin du Séjour des bienheureux, au moment où un voile indéfinissable  recouvrait le Lotus ? Le regard du prophète n’a ni dévié ni outrepassé la mesure, et c’est ainsi qu’il lui fut donné de voir certains des plus grands signes de son Seigneur (Rabb-Educateur). » Sourate 53 verset 4-18)


Le voyage nocturne et l’Ascension nocturnes feront l’objet de beaucoup de commentaires, de moqueries  et de rires. Les critiques ne tardèrent pas. Les Quraysh avaient enfin la preuve que ce Prophète (PSL) était bien fou puisqu’il osait affirmer qu’en une nuit, il avait fait un voyage vers Jérusalem (qui, à lui seul, nécessitait plusieurs semaines) et que, de surcroît, il aurait été élevé dans la proximité de son Dieu Unique. 

L’élection prophétique par le voyage nocturne était dans les faits, pour les musulmans, une véritable «épreuve de la confiance» au moment où ceux-ci vivaient une situation complexe. La tradition rapporte que quelques musulmans quittèrent l’Islam mais la majorité d’entre eux eurent confiance au Prophète Muhammad (PSL). Des faits vinrent confirmer quelques semaines plus tard certains des propos qu’il avait tenu comme par exemple l’arrivée de convois dont il avait annoncé la venue.

C’est bien la force de confiance dans la foi qui allait permettre à la communauté des musulmans de faire face aux futures adversaires.

Il va sans dire que si cet événement suscita bon nombre de discussions au sein de la communauté des savants. Qu’il fut en songe ou réel, que le Prophète y participa corps et âme ou non, il marque l’Unité de la Prophétie, depuis Adam jusqu’à Muhammad (PSL). La majorité d’entre eux optent pour un voyage corps et âme, en son corps et en son esprit : 


« Il faut distinguer le cœur, l’essence des choses et la présence de celles – ci dans le cœur. Entre le cœur et la Vérité (Al Haqq) s’interpose un voile. Lorsque le voile est levé, l’Homme a connaissance de la forme du monde physique et surnaturel et il aperçoit un Paradis qui englobe les cieux et la terre et les surpasse amplement. » l’imam Abou Hamid Al Ghazâli (1058 – 1111 )


Le ciel et la terre constituent le monde matériel visible qui malgré son étendue est limité. En revanche, le monde surnaturel qui ne peut être saisi que par une perception spirituelle est infini. Et cette faculté de saisir ainsi l’Univers de Dieu est une grâce secrète que Dieu accorde aux prophètes et dans certains cas aux mystiques.
Ils se dégagent également d’autres enseignements sur cette expérience du Messager de Dieu (PSL) :

-      La centralité de Jérusalem : Le Prophète Muhammad (PSL) priait le visage tournée vers la ville sainte (la première qibla : la première direction).Et c’est sur le site du Temple qu’il dirigea la prière en compagnie de tous les Prophètes. Jérusalem apparaît ainsi au cœur de l’expérience du Prophète Muhammad (PSL) et de son enseignement pour l’Eternité du temps par le double symbole de la centralité (Direction de la prière)et de l’universalité (par la congrégation en prière de tous les Prophètes).
Plus tard à Médine, la direction de la prière changera de Jérusalem vers la Ka’ba pour ainsi marquer une distinction avec les religions précédentes. Cela ne diminuera point le statut de Jérusalem. Le verset 1 de la sourate 17 rappelle bien le lien entre la « Mosquée sacrée » (al-Ka’ba)) et la « Mosquée éloignée » (Al-aqsâ à Jérusalem).
-      L’autre enseignement est d’essence purement spirituelle : toutes les Révélations sont parvenues au Prophète Muhammad (PSL) au cours de son expérience terrestre à l’exception des versets qui fixent les piliers fondateurs de la foi (al-imân) et de l’obligation de prière (as-salât). Le Prophète Muhammad (PSL) a été élevé pour recevoir les fondements intangibles du culte (al-aqîda) et du rituel (‘ibâdât) lesquels exigent des croyants une acceptation, en l’état, de leur forme autant que de leur fond.


Dieu a prescrit des exigences et des normes que la conscience doit entendre et appliquer et le cœur aimer. Elevé pour recevoir la prescription de la prière rituelle, le Prophète Muhammad (PSL) 0et son expérience révèlent ce que la prière doit être par essence : un rappel et une élévation, cinq fois par jour, vers le Très-haut pour se détacher de soi, du monde et des illusions. Le Mi’râj (l’élévation, lors du voyage nocturne) n’est donc point simplement un archétype de l’expérience spirituelle ; il recèle le sens profond de la prière qui, au moyen du verbe de l’Eternel, doit libérer la conscience des contraintes et des contingences  de l’espace et du temps.

Yathrib 786
12 novembre 2017